
Qu’évoque l’Occitanie pour vous ?
Pour moi, l’Occitanie, c’est le Sud, et je me sens appartenir au Sud. Je suis né à Montpellier, j’ai passé mon enfance à Saint-André-de-Sangonis, je suis allé au lycée à Clermont-l’Hérault. Je suis d’ici, mon accent ne trompe pas… Sinon, mes racines sont catalanes. Ma mère est née à Barcelone, elle est arrivée en France à l’âge de neuf ans.
Quels sont vos coins préférés dans la région ?
J’habite à Bédarieux. Pour m’aérer la tête entre deux moments d’écriture, j’aime bien marcher sur les sentiers des causses, au-dessus de chez moi. Mais dès que je peux, je me rapproche de l’eau, notamment du lac du Salagou. J’ai une passion pour ce lac qui est relié à tous les grands moments de ma vie. Si j’ai un peu plus de temps, je pousse jusqu’à Sète. La ville a su garder son âme, ça reste encore assez authentique, notamment le quartier des pêcheurs de la Pointe Courte que j’adore.
Comment définiriez vous votre type d’humour ?
Je marche à l’instinct. Mon genre d’humour, c’est ce qui me fait rire. Je suis très humour absurde. Quand vous faites du politique, il faut faire gaffe. Mais ce que j’aime bien dans l’absurde, c’est qu’il n’y a pas de limites. Et moi, j’essaie de repousser au maximum. J’aime bien l’idée de perdre le lecteur, justement. Je choisis souvent des personnages d’anti-héros qui ont du mal avec le lien social, qui ne sont pas des winners [1], qui se cherchent un peu. Je ne peux pas écrire sur un personnage qui ne me parle pas.
Pour Astérix, comment êtes-vous passé d’une liberté totale d’inspiration à un univers très codifié ?
C’est justement ce qui est excitant : essayer de faire de l’inédit avec un cahier des charges immuable depuis plus de 65 ans. Mon obsession, c’était de faire un vrai Astérix. Ne pas faire le malin, ne pas faire du Fabcaro. Bref, respecter l’esprit des créateurs, me rapprocher le plus possible de ce qu’ils auraient fait. Je me demandais tout le temps, est-ce que Goscinny et Uderzo auraient validé ce gag ? À l’époque, j’ai été très ému d’être choisi pour perpétuer les aventures des irréductibles Gaulois que j’ai découverts quand j’avais 7 ans. J’ai un petit faible pour Obélix, son côté enfantin et son humour qui m’ont appris le second degré. Aujourd’hui, je ne m’interdis pas de réfléchir à un troisième album.
Vos livres rendent souvent hommage à la classe populaire, est-ce que vous avez l’impression d’être un artiste engagé ?
Je ne suis pas engagé au sens propre du terme, comme mes amis qui font du dessin de presse. Je préfère faire un pas de côté et passer par l’absurde pour faire un état des lieux de la société. C’est moins frontal, mais il y a toujours un aspect sociétal dans ce que je fais. Il ne faut pas oublier d’où l’on vient. Moi, je viens d’un milieu populaire, j’ai grandi dans une petite ville de l’Hérault et j’en suis fier.
Des projets de BD ou de roman à venir ?
Je bosse beaucoup, je suis assez prolifique… Je viens de sortir un pastiche du Club des cinq [2]. Pour moi, la littérature jeunesse est un très bon support pour parler, en ces temps troublés, de la montée des racismes et des intolérances (1). Pour la rentrée littéraire, j’aurai aussi un nouveau roman chez Gallimard et, en décembre, une nouvelle BD chez Delcourt mais je ne peux pas vous en dire plus pour le moment.

