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Max Brail, maire de Lastours : "On est dans la réalité des gens"

Max Brail, maire de Lastours un village touché par les inondations d'octobre 2018 dans l'Aude
Max Brail, maire de Lastours un village touché par les inondations d’octobre 2018 dans l’Aude

Maires de petite commune : des vies au service des autres

Lorsqu’il raconte la nuit du 14 au 15 octobre dernier qui fit dans son village plus de 3 M- de dégâts, Max Brail, maire de Lastours, commune de 165 habitants au pied de la Montagne Noire, n’en revient toujours pas de l’ampleur de la catastrophe.

« Ce soir-là, il a plu de façon continue à partir de 23 heures. Vers 3h45, mon adjoint est venu me chercher. Les deux fours gallo-romains situés au milieu du village avaient disparu, emportés par les flots de l’Orbiel qui traverse la commune. Dehors, c’était un mur d’eau. Je suis maire depuis presque trente ans. Il y a eu les inondations de 1999 mais là, en écoutant parler mon adjoint, j’ai compris que c’était pire que tout. »

S’en suit une longue nuit de folie où l’engagement confine au sacerdoce. « J’ai pris mon 4X4 et tant qu’on a pu on est passé dans les rues en klaxonnant pour prévenir tout le monde. On est allés voir les personnes âgées et secourir un homme blessé. Le bruit était infernal. Des ruisseaux sont montés à six mètres. »

Puis il y a eu, aux premières heures du jour, les tronçonneuses, l’engin de la carrière mis à disposition, quelques pompiers, quelques élus, quelques bénévoles et le maire bien sûr qui, à 65 ans, comme les autres, a retroussé les manches pour dégager au mieux la route. « Heureusement, les eaux sont redescendues assez vite. On a travaillé tous les jours. J’ai dormi très peu pendant une semaine. »

Au lendemain des inondations qui ont touché l’Aude, le Tarn et l’Hérault, la Région Occitanie s’est mobilisée. Elle vient de voter un plan d’aides de 25 millions d’euros notamment pour soutenir la reconstruction des petites communes

Près de deux mois après les événements, assis, seul, à la table du conseil municipal, Max Brail en oublie ses soucis de santé, absorbé qu’il est par la situation. « Une partie de la cour de l’école s’est effondrée, nous y faisions les fêtes du village. Il y a aussi la station d’épuration. Elle avait trois ans. » La liste est longue entre pont éventré, éboulements de toutes parts et autres caves inondées. Bien sûr, la solidarité s’est organisée. Le cimetière a été nettoyé et son mur réparé avant la Toussaint. Les abords des châteaux de Lastours ont été sécurisés et les précieux vestiges du catharisme s’offrent à nouveau au public. « C’était essentiel. Le tourisme c’est tout pour nous. »

La facture des dégâts, c’est 15 fois le budget global de la commune. Le temps de la reconstruction va être très long et nos projets sont stoppés.

Reste que l’élu craint le temps venu de la reconstruction. « Le jour J, il a fallu se battre contre la rivière mais aujourd’hui, je me sens désemparé face à l’ampleur administrative et financière de ma tâche. Je me sens abandonné par l’État depuis longtemps et comme beaucoup d’autres maires de petites communes, je fais ce que je peux avec des moyens dérisoires. » Max Brail tapote nerveusement son téléphone portable.

« Vous savez les appels, c’est tout le temps. Je ne me plains pas. Personne ne m’a forcé mais c’est dur parce que je ne crois pas aux miracles. J’aime Lastours. Ici on est loin de la société du sensationnel et du virtuel. On est dans la réalité des gens, du monde rural mais on n’a pas de moyens. Quand on se saigne les mains à monter des cailloux, ça ne fait pas mal. Mais ce qu’on vient de vivre ça fait très mal. C’est la différence entre ce qu’on choisit et ce qu’on subit. Seuls nous n’y arriverons pas. » La secrétaire de mairie frappe timidement à la porte. Un petit souci à régler. Un autre. La journée n’est pas finie.