Les actus

Éoliennes flottantes et biodiversité : 10 questions pour démêler le vrai du faux

Au large de nos côtes, le projet d’éoliennes flottantes marque un tournant pour la transition énergétique de l’Occitanie. Que sait-on vraiment de leur impact sur la faune marine, les oiseaux et la pêche ? Études scientifiques, suivi rigoureux, mesures de protection : nous faisons le point en 10 questions-réponses.

L’Occitanie s’est fixée un cap ambitieux, devenir la première région à énergie positive (REPOS). Pour réussir ce pari, la Région mise sur une technologie d’avenir : l’éolien en mer flottant.

Pour tester cette innovation en conditions réelles, elle s’appuie notamment sur deux fermes pilotes de trois éoliennes chacune : EFGL au large de Leucate / Le Barcarès et EOLMED au large de Gruissan. À elles seules, elles produisent déjà l’électricité nécessaire pour alimenter l’équivalent d’une ville de 100 000 habitants ! À l’horizon 2032, ces projets seront complétés par les premiers parcs éoliens commerciaux. Mais quel impact ont les éoliennes en mer sur leur environnement ? On passe à la loupe 10 questions essentielles pour tout comprendre.

1. Les éoliennes en mer sont-elles un risque pour les oiseaux migrateurs ?

Le Golfe du Lion est en effet une zone de passage pour de nombreux oiseaux côtiers et migrateurs. C’est pourquoi des mesures de précaution sont prévues pour protéger les oiseaux. Grâce à des systèmes d’alerte et de suivi, les éoliennes peuvent être « bridées » — c’est-à-dire ralenties ou arrêtées net — lors des pics de migration. Des études avifaunes sont également menées depuis 2018 pour les futurs parcs commerciaux.

2. La faune et la flore sous-marines vont-elles être impactées autour des parcs ?

C’est l’effet inverse qui pourrait se produire ! La navigation et la pêche étant très réglementées dans le périmètre des parcs, ces zones pourraient devenir des refuges pour la biodiversité. De plus, des dispositifs innovants comme des récifs artificiels (projets FishWind et BioHut) sont installés sous l’eau. Ces structures immergées servent d’abris pour les poissons, les crustacés et les algues, reconstituant un habitat favorable à la vie marine.

3. A-t-on assez de recul sur les cycles de reproduction et de migration des espèces ?

Des suivis scientifiques menés sur d’autres façades maritimes (Manche et Atlantique) évaluent le comportement des poissons et des requins. Les premières observations scientifiques ne montrent aucun impact significatif sur leurs voies de migration ou leur reproduction.

4. Le bruit des éoliennes dérange-t-il les animaux sous-marins ?

Le principal risque sonore a lieu pendant la phase de chantier (ancrage) et peut en effet perturber les cétacés (dauphins, baleines) et les poissons. Pour les préserver, des solutions sont déployées, comme des rideaux de bulles qui absorbent les ondes sonores sous l’eau. Une fois installés, les flotteurs sont conçus pour limiter les vibrations. Des contrôles acoustiques garantissent le respect des seuils réglementaires.

Les infos à retenir sur l’éolien flottant

  • Aujourd’hui, 6 éoliennes sont en service au large de l’Occitanie pour une puissance totale de 60 mégawatts grâce aux deux fermes pilotes EFGL et Eolmed.
  • Elles seront complétées par les premiers parcs éoliens commerciaux de 2 x 250 mégawatts à l’horizon 2032 et étendus à 2 x 500 mégawatts en 2034.
  • D’ici 2050, l’objectif est de déployer progressivement des parcs commerciaux totalisant 5,8 gigawatts en Méditerranée.
  • 500 emplois directs ont déjà été créés et, à terme, ce sont 3 000 emplois non délocalisables qui sont attendus. Les retombées sont déjà là : la création d’entreprises a doublé en moins de 10 ans et les nouveaux habitants sont en augmentation.

5. Les activités de pêche locale sont-elles impactées ?

Les zones de pêche traditionnelles, notamment pour les chalutiers et les fileyeurs, peuvent être réduites et nécessiter des adaptations. C’est pour cette raison que l’implantation des fermes pilotes a été pensée en concertation directe avec les comités de pêche locaux. Les pêcheurs ont d’ailleurs participé activement aux chantiers en mobilisant des navires de surveillance. Des mesures de compensation, comme la création des récifs artificiels, ont été prévues. À travers la création de la coopérative « Pêcheurs Méditerranée Services » (prestations de transport de personnel et de matériel dédiées à l’éolien flottant), la Région a également souhaité que le développement de la filière puisse bénéficier aux pêcheurs en leur apportant un complément de revenus.
Les pêcheurs artisanaux pourraient également bénéficier de nouvelles zones de pêche à proximité des parcs.

6. L’impact sur l’environnement est-il réellement suivi ?

En France, la loi impose des études environnementales très strictes avant, pendant et après l’installation des parcs. Tout est passé au peigne fin : la biodiversité marine (herbiers de posidonie, espèces protégées, avifaune…), les nuisances sonores ou encore les habitats marins (sédiments, courants, écosystèmes). Tous ces résultats scientifiques sont publics et consultables par tous lors des enquêtes publiques ou sur les sites des services de l’État (DREAL, OFB).

Énergies : comment l’ambition de l’Occitanie va changer votre quotidien

Face à l’urgence climatique et à la hausse des coûts, la Région accélère sa transition énergétique. Logement, transports, emploi : découvrez comment cette grande ambition se traduit concrètement chez vous pour alléger vos factures, faciliter vos (…)

Lire la suite

7. Installe-t-on vraiment des éoliennes flottantes dans les zones protégées Natura 2000 ?

Certains parcs éoliens de Méditerranée seront en effet implantés en zone Natura 2000, notamment au large du site « Grands Dauphins du Golfe du Lion ». Mais les zones Natura 2000 n’interdisent pas les activités humaines, elles imposent en revanche des contraintes environnementales renforcées. Le développement de l’éolien flottant s’y fait dans le respect absolu de la protection des espèces marines présentes.

8. Les éoliennes sont-elles fabriquées à l’autre bout du monde ?

Si les génératrices viennent d’Europe du Nord, l’assemblage final des éoliennes et des flotteurs est réalisé localement, notamment sur le port de Port-La-Nouvelle en Occitanie et aussi à Marseille.

Remorquage des éoliennes en mer après leur assemblage dans le port de Port-la Nouvelle, centre stratégique de l'éolien flottant en Méditerranée.
Remorquage des éoliennes en mer après leur assemblage dans le port de Port-la Nouvelle, centre stratégique de l’éolien flottant en Méditerranée.

9. L’empreinte carbone d’une éolienne annule-t-elle ses bénéfices écologiques ?

Même en comptant la fabrication et le transport, le bilan carbone d’une éolienne flottante reste excellent [1] : entre 12 et 20 g de CO₂ par kWh produit sur l’ensemble de sa vie (20 à 25 ans). C’est 5 à 10 fois moins que le gaz naturel et 50 fois moins que le charbon !

Le saviez-vous ? Les flotteurs sont principalement composés d’acier et de béton, deux matériaux entièrement recyclables.

10. A leur fin de vie, les éoliennes seront-elles abandonnées en mer ?

Le démantèlement complet des installations est une obligation légale inscrite dès la conception des projets. En fin de vie, les éoliennes et leurs flotteurs seront entièrement retirés de la mer, et les matériaux (acier, béton) seront orientés vers des filières de recyclage

[1] Selon l’ADEME et les études récentes (ex : rapport Life Cycle Assessment de l’IFPEN)