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Une histoire partagée

27 siècles d’histoire commune

Entre la Garonne et le Rhône se déploie un large espace, bordé au nord par les contreforts du Massif Central, au sud par les Pyrénées et la Méditerranée. En 27 siècles d’histoire, cet espace sud européen, fait de multiples et subtiles complémentarités, a vu se côtoyer et s’entremêler des peuples aux cultures et spiritualités différentes. Les régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées ont de tout temps tissé des liens et multiplié les échanges. La preuve par l’Histoire…

Séparées depuis les années 1960 par une frontière administrative, les territoires qui forment les régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées ont eu à plusieurs reprises, au cours de l’histoire, des destins liés.

C’est la conquête romaine qui, au IIe siècle avant J.-C, donne au futur Languedoc sa première forme organisée. Premier foyer de la romanité gauloise, Narbonne devient le centre d’une province, la Narbonnaise, qui s’étend de l’ouest de Toulouse à la Provence. Durant le Bas-Empire, Toulouse supplante Narbonne et devient, au début du Ve siècle, la capitale du royaume Wisigoth, qui couvre le sud-ouest de la Gaule. Un siècle plus tard, les Wisigoths, défaits par les Francs, se replient en Espagne et ne conservent en Gaule que la Septimanie, un territoire qui correspond au Languedoc-Roussillon actuel sans la Lozère. « Pour la première fois depuis longtemps, le Languedoc toulousain fut séparé du Languedoc méditerranéen. » [1]

Sous les Carolingiens, le comté de Toulouse couvre un territoire qui s’étend jusqu’au Rhône. Ce Languedoc, encore morcelé, connaît un essor important au XIe siècle. Des villes surgissent, comme Montpellier. Une langue littéraire se forme, l’occitan, dans laquelle s’épanouit la poésie des troubadours.

Les États du Languedoc

Paradoxalement, c’est le rattachement à la couronne de France, en 1271, qui permettra au Languedoc d’affirmer son unité. « Au lieu d’une série de principautés indépendantes, on peut désormais parler d’un Languedoc royal unifié », écrit Emmanuel Le Roy Ladurie(2). La province est placée sous l’autorité d’un gouverneur, mais les notables locaux sont représentés par une assemblée délibérative, les États du Languedoc. En 1444, le Languedoc est doté d’une cour de justice, le Parlement de Toulouse. « États et Parlement demeureront pendant plus de trois siècles les deux institutions fondamentales de la province », souligne Emmanuel Le Roy Ladurie [2].

La Révolution marque la fin du Languedoc comme entité administrative. Son territoire est alors découpé en huit départements : Haute-Loire, Ardèche, Lozère, Gard, Hérault, Aude, Tarn et Haute-Garonne. Le haut Languedoc et le bas Languedoc retrouveront une unité dans les années 1960, mais séparément, sous la forme des régions administratives.

Repères

IIe siècle av. J-C

Création par Rome de la Narbonnaise, première province de l’Empire hors de la péninsule italique. Sa capitale est Narbo-Martius (Narbonne). Cette période gallo-romaine voit également naître les 
cités de Nemausus (Nîmes) et Tolosa (Toulouse).

413

La Narbonnaise est 
conquise par les Wisigoths

Fin Xe siècle

Naissance de Montpellier

1209

Croisade contre les Albigeois

1271

Rattachement du Languedoc 
à la couronne de France

1444

Installation du Parlement 
de Toulouse

1667 à 1681

Construction 
du canal du Midi

1736

Le siège des Etats 
du Languedoc est fixé 
à Montpellier

1790

Création des Départements

1972

Création des Régions 
alors simples 
établissements publics

1982

Les Régions deviennent des collectivités à part entière 
au même titre que 
les Départements ou 
les Communes.

Antiquité

L’histoire commence au VIIe av. J.-C. avec l’arrivée des Ibères, peuple originaire de la façade méditerranéenne de la péninsule ibérique. Après avoir franchi les Pyrénées ils s’installent entre l’Adour et l’Orb et fondent plusieurs villes dont Auch, Lombez ou Elne. Au Ve siècle av. J.-C., ils sont supplantés par l’arrivée d’une peuplade celtique, les Volques, qui s’établissent également entre Garonne et Rhône.
Le premier «  âge d’or  » du territoire qui sera demain notre grande région débute au IIe siècle av. J.-C. avec la création par Rome d’une première province hors de la péninsule italique. Sa capitale Narbo-Martius (Narbonne) lui donne son nom de Narbonnaise. Elle s’étendra de l’ouest de Toulouse jusqu’aux rives du lac Léman. Premier rempart de Rome contre les redoutés peuples gaulois, la Narbonnaise assure à l’empire une route sûre entre les péninsules ibérique et italique. Les légions romaines de César s’en servent de base arrière pour conquérir l’ensemble de la Gaule. Cette période gallo-romaine voit le développement de Narbonne, mais aussi de Nemausus (Nîmes) et Tolosa (Toulouse).

Moyen-Âge

La période des invasions dites barbares qui précipitera la chute de l’empire romain d’Occident amène Rome à nouer des alliances avec certains de ses anciens ennemis. Ainsi les Wisigoths, originaires des rives de la mer baltique, qui pillent Rome en 410, se voient attribuer en 418 des terres au sud-ouest de la Gaule. Les Wisigoths édifient ainsi autour de Toulouse, leur capitale, le premier des royaumes dits barbares qui, à son apogée au VIe siècle, s’étendra de la Loire au Guadalquivir (Andalousie) avec Tolède comme capitale. Lors de la bataille de Vouillé (Vienne) en 507, les Francs menés par Clovis battent les Wisigoths qui se replient au-delà des Pyrénées et ne conservent plus de ce côté des Pyrénées que le territoire correspondant au Languedoc-Roussillon actuel. Appelé Septimanie en référence aux sept cités qui le composent (Elne, Narbonne, Carcassonne, Béziers, Agde, Maguelone et Nîmes) ou Gothie, ce territoire restera aux mains des Wisigoths jusqu’à la conquête sarrazine.

Au début du VIIIe siècle, les troupes arabo-berbères franchissent le détroit de Gibraltar et entament leur conquête de la péninsule ibérique puis du territoire actuel de la France. Elles s’emparent de Narbonne, mais échouent à Toulouse. La bataille de Toulouse en 721 signe l’arrêt définitif de l’expansion territoriale musulmane au nord des Pyrénées, 11 ans avant leur dernière tentative d’incursion repoussée par Charles Martel à Poitiers en 732. Narbonne dépend néanmoins quelque temps du califat de Cordoue.

À la fin du VIIIe, un certain Guilhem, petit-fils de Charles Martel et cousin germain de Charlemagne, reconquiert les territoires musulmans du Rhône jusqu’à Barcelone. Nommé premier Comte de Toulouse, il se retire bientôt dans l’abbaye de Gellone qu’il a fondée, aujourd’hui Saint-Guilhem-le-Désert. La légende s’empare de lui sous le nom de Guillaume d’Orange.

Sous l’impulsion de Raymond IV de Saint-Gilles, le Comté de Toulouse retrouve la configuration de la Narbonnaise, entre Garonne et Rhône. La Croisade contre les Albigeois, dirigée d’abord contre l’hérésie cathare, puis contre le Comte de Toulouse qui l’a soutenue, aboutira finalement à l’annexion des terres de Toulouse au royaume de France, à la fin du XIIIe siècle.

Époque moderne/Révolution

Paradoxalement, c’est le rattachement à la couronne de l’ancien comté de Toulouse qui donne au Languedoc une vraie quoique relative autonomie. Les nouveaux États du Languedoc qui ont la responsabilité de lever l’impôt, siègent à Toulouse et à Montpellier où ils se fixent en 1736. Leur domaine s’inscrit désormais, du XVe au XVIIIe siècle, dans le ressort plus étendu du Parlement de Toulouse, le deuxième du royaume à pouvoir rendre la justice au nom du roi.

Le creusement du canal du Midi imaginé par Pierre-Paul Riquet, et mené en à peine 15 ans, confirme la complémentarité du Haut et du Bas Languedoc. À la Révolution, la volonté d’effacer tout souvenir des anciennes provinces aboutit au découpage départemental. Au milieu du XIXe siècle, la redécouverte de la lyrique des Troubadours dans toute l’Europe soulève un ample mouvement littéraire autour de Frédéric Mistral. Bientôt, à Montpellier, Toulouse et Montauban, des intellectuels et des écrivains, au contact des Catalans, font basculer la langue d’oc dans la modernité.

Époque contemporaine

Les Régions sont créées en 1972 mais il faut attendre 1982 pour qu’elles deviennent des collectivités de plein exercice et 1986 pour les premières élections des conseillers régionaux au suffrage universel direct. Après une trentaine d’années d’existence, les Régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées sont désormais réunies en une seule grande région.

[1Histoire du Languedoc, sous la direction de Philippe Wolff (Privat, 1967)

[2Histoire du Languedoc (PUF, 1962)