L’Université en Midi-Pyrénées

Au XVIe siècle, l’université toulousaine connaît
l’une de ses périodes les plus fastes et sa
réputation, comme en témoigne ce quatrain
anonyme, n’est déjà plus à faire dans l’ensemble
du royaume de France et même au-delà.
On y vient de toute l’Europe, pour se former
au Droit principalement. L’histoire de l’université
de Toulouse, aujourd’hui la deuxième
de France par le nombre d’étudiants qui la
fréquentent (110 000), commence pourtant bien plus
tôt. Et dans des circonstances très particulières liées
au contexte politique de l’époque…

L’université de Toulouse est créée le 12 avril
1229. C’est la deuxième plus ancienne de
France et l’une des dix plus anciennes d’Europe.
Que l’on dispose d’une date aussi précise peut
surprendre. Ce n’est pas le cas par exemple pour la
Sorbonne de Paris. On sait seulement que l’université
fondée par Robert de Sorbon fonctionnait déjà
quand la création de celle de Toulouse est en quelque
sorte « décrétée ». C’est en effet par une décision
royale, le traité de Meaux-Paris, que le comte de
Toulouse Raimond VII se voit imposer d’entretenir
pendant 10 ans quatorze maîtres : quatre en Théologie,
deux en Droit canonique (édicté par le Pape),
six en Arts libéraux (Logique et Philosophie) et deux
en Grammaire.

L’université pour ramener Toulouse dans le giron de l’Eglise

Le reste du document est d’une tout autre importance
historique puisqu’il marque la fin de la croisade
engagée contre les cathares soutenus par Raimond
VII. Ce dernier a également du accepter que
sa fille épouse le frère du roi. Le compte à rebours
qui mène le comté de Toulouse à son rattachement
à la couronne vient de s’enclencher. L’annexion
sera effective en 1271.
On comprend donc que Raimond VII ne se soit pas
montré d’un enthousiasme débordant au sujet de
l’université. A l’instar de
la population toulousaine
qui perçoit cette manoeuvre,
à juste titre comme
un moyen de ramener
Toulouse dans le double
giron de la papauté et de
la royauté. Les premiers
professeurs qui arrivent
à Toulouse, - à la faveur
d’une grève de la Sorbonne - repartiront d’ailleurs
assez vite, leurs salaires
n’étant pas versés par Raimond
VII. Ils seront remplacés
par des dominicains,
ceux-là même qui
représentent à Toulouse
l’Inquisition. Ils abandonneront aussi leurs postes
à la suite d’émeutes populaires.
Ce n’est qu’à la fin du XIIIe siècle que l’université
prend véritablement son essor. Des quatre facultés
(Théologie, Médecine, Arts et Droit), c’est celle de
Droit qui acquiert rapidement une réputation d’excellence.
Les juristes qui en sortent diplômés sont
appelés à de hautes fonctions dans tout le Languedoc,
et auprès de la papauté installée à cette époque
en Avignon. Des rangs de l’université toulousaine
sont issus plusieurs papes, dont Innocent VI
(1352-1362) qui relancera au cours de son pontificat
la faculté de théologie toulousaine. Quelques
années plus tard, le transfert des reliques de saint
Thomas d’Aquin consacre le retour de Toulouse
dans l’orthodoxie papale.

Une cohabitation difficile avec la population

A cette époque, le quartier universitaire se situe
autour de Saint-Sernin. Les étudiants trouvent le
gîte et le couvert dans des collèges gérés par le clergé local. Ils sont facilement identifiables
par la population grâce à leur
vêtement caractéristique : une robe
longue. Mais la cohabitation entre
étudiants et les habitants du bourg
connaît parfois de graves tensions.
Les étudiants sont placés sous la juridiction
du Pape et non des capitouls
toulousains. Ils jouissent en plus
d’avantages fiscaux de par ce statut à
part. En 1332, Aymery Bérenger, un
jeune étudiant ou le serviteur d’un
étudiant (les sources divergent),
poignarde et tue un des capitouls de
Toulouse. Il est arrêté dès le lendemain,
condamné à mort et exécuté.
Les étudiants en appellent au pape et
au roi pour obtenir réparation. L’affaire
prend des proportions énormes
et deux ans plus tard, le parlement de
Paris prononce la suppression de la
municipalité et retire aux capitouls le
pouvoir d’administrer la ville. Ils le
reprendront six mois plus tard moyennant le paiement
d’une forte amende mais le pouvoir royal a
encore un peu plus « marqué son territoire ».

Le XVIe siècle est celui de la renaissance de l’université
toulousaine et de la ville. La culture du
pastel dans le Lauragais voisin provoque un
boom économique sans précédent. La ville se
transforme, de splendides hôtels particuliers sont
construits comme celui d’Assézat. Il accueille encore
aujourd’hui l’académie des jeux floraux, la
plus ancienne société savante de France (1323),
qui abandonne en 1513 la langue d’oc au profit
du français. L’université se développe elle aussi,
attire notamment beaucoup d’Espagnols et devient
un passage obligé des pérégrinations estudiantines
de l’époque.

Une Région universitaire

Entre 1229 et aujourd’hui, l’université s’est développée,
bien sûr, mais elle s’est également diffusée sur tout le
territoire de la région. Dans les années 1990-2010, la carte de
l’enseignement supérieur en Midi-Pyrénées a profondément
évolué. Alors que presque toute l’offre universitaire était
auparavant concentrée sur Toulouse, 10 nouveaux sites universitaires
répartis sur l’ensemble
du territoire régional sont nés
au cours de cette période.
Qu’il s’agisse d’antennes des
universités toulousaines,
d’IU T, ou de grandes écoles
d’ingénieurs comme l’école des
Mines de Carmaux-Albi créée
en 1992, ces implantations ont
permis de dynamiser des
territoires tout entier. Ce
mouvement de déconcentration
aura
aussi permis d’offrir
à des étudiants issus
de familles aux revenus
modestes la possibilité de
poursuivre des études supérieures près de chez eux,
en économisant notamment les frais de logement.

La révolution supprime les universités

C’est ce périple qui amène Pantagruel, le personnage
de Rabelais à y faire un bref séjour avant
de fuir devant les violences des guerres de religion.
« Il s’en vint à Toulouse, où il apprit fort
bien à danser et à jouer de l’épée à deux mains selon
l’usage des étudiants de ladite
université, mais il n’y demeura
guère quand il vit qu’ils
faisaient brûler leurs professeurs
tout vifs comme harengs
saurs. » (Pantagruel, 1532,
chapitre V). En 1598, date de
la proclamation de l’Edit de
Nantes qui autorise le culte
protestant, une faculté de
théologie protestante est fondée
à Montauban. Elle fermera
à sa révocation pour rouvrir
sous Napoléon, et fonctionnera
jusqu’en 1918.
Toulouse est encore au XVIIe siècle la deuxième
université du royaume par ses effectifs, mais un
certain laisser-aller qui tourne parfois à la corruption
gangrène toutes les universités du pays. Il
faudra attendre le règne du Roi Soleil pour qu’un
peu d’ordre soit mis dans ce domaine. Dans la région,
cela a pour conséquence la réunion en 1751
de l’université de Toulouse et de celle de Cahors
qui avait été créée en 1331-1332 par le cadurcien
Jean XXII. L’université lotoise fut jugée comme
l’un des pires exemples de la décadence des universités
françaises.
La Révolution supprime les universités « sur tout le
territoire de la République » le 15 septembre 1793.
Des initiatives privées pour la plupart font vivoter
l’enseignement supérieur jusqu’à Napoléon qui refonde
l’université toulousaine.

La rénovation des campus se poursuit

La Région Midi-Pyrénées finance
plusieurs opérations sur les campus
de tout le territoire régional. Au Mirail,
le 2ème bâtiment de l’UFR de Langues sera
livré fin 2011 alors que la reconstruction
du restaurant universitaire est en cours
(livraison janvier 2013). A l’Université
Toulouse 1 Capitole, la construction de
l’école d’économie de Toulouse (TSE) est
sur le point de démarrer tandis qu’à Paul
Sabatier, après la bibliothèque universitaire,
c’est celle dédiée à la santé qui va être
rénovée. Hors de Toulouse, le campus
d’Albi va être rénové, et la rénovation des
locaux de l’IUFM de Cahors est également
envisagée.

Le début du XXe siècle est un tournant pour l’enseignement
supérieur régional. C’est à ce moment-là
que la vocation scientifique et
technique de Toulouse commence
à s’affirmer, notamment
grâce à l’engagement
de Paul Sabatier qui obtiendra
le prix Nobel de Chimie
en 1912. Plusieurs instituts
voient le jour : Chimie
(1906), Electrotechnique
(1907), Agriculture (1909), Etudes méridionales
(1913)… Les effectifs augmentent alors sensiblement.
Entre la période napoléonienne et le début
du XXe siècle ils passent de 493 juristes à 850, de
30 à la faculté de lettres à 250. Cette augmentation
continuera jusqu’à l’explosion de 1968 : 4 600 en
Droit et économie et 9 500 en Lettres.

L’éclatement de l’université en 1968

Les faculté de Médecine, de Pharmacie et de Sciences
déménagent alors à Rangueil sur le premier campus
construit en France sur le modèle américain, et
en partie à Purpan. Le Droit s’étend sur les terrains
de l’ancien arsenal en centre ville. Quant aux Lettres,
les démarches sont engagées dès 1965 pour
préparer son déménagement vers le
nouveau quartier du Mirail. Au début
des années 1970, les facultés toulousaines
disparaissent au profit de
trois universités éclatés : Toulouse I
(Droit), Toulouse II le Mirail (Lettres
et Sciences humaines) et Toulouse
III (Sciences et Médecine),
plus connue sous le nom de Paul-
Sabatier. Dans les années 1960 naît
également l’Ecole nationale d’ingénieurs
de Tarbes. Un autre mouvement
va marquer l’enseignement supérieur
et l’économie de la région : le
transfert dans l’agglomération toulousaine
au cours de ces mêmes années
1960 de la plupart des écoles et
institutions de recherche du secteur
aéronautique et de l’espace.
Il faudra attendre la création
du PRES Université de Toulouse
(Pôle de Recherche et d’Enseignement
Supérieur) près de 40 ans après
l’éclatement des universités toulousaines
pour que l’enseignement supérieur
retrouve une coordination
sur l’ensemble de la région Midi-Pyrénées.
Avec ses 4 universités toulousaines,
et ses 11 établissements d’enseignements
supérieurs répartis sur
tout le territoire, le Press Université
de Toulouse étend également son
action aux sites situés hors de l’agglomération
toulousaine comme le
CUFR Champollion (Albi, Castres,
Rodez, Figeac) et le Centre universitaire Tarbes-Pyrénées.
C’est grâce à cette unité, au soutien des collectivités
locales et à la qualité du projet bâti par le
PRES Université de Toulouse que la candidature de
l’Université de Toulouse a été retenue dans le cadre
du Plan Campus. L’objectif : donner à l’université
un rayonnement européen. La cohérence et l’unité
des établissements d’enseignement supérieur
s’affirment aujourd’hui avec encore
plus de force dans les projets d’Investissements
d’Avenir.
Une démarche qui n’est pas sans rappeler
celle de Jean Jaurès alors adjoint au maire
de Toulouse chargé des affaires scolaires
et universitaires
s’adressant au président de la
République Sadi Carnot venu
inaugurer la faculté de Médecine
en 1892 : « Nous attendons
avec confiance la loi qui
doit organiser les universités et
donner à l’enseignement supérieur
cette unité extérieure et
visible qui manifeste et achève
l’unité intérieure. Nous avons
rempli et au-delà les conditions
les plus strictes marquées
par elle.(…) Vous voyez tous
nos efforts, vous devinez nos
espérances. »
Près de 800 ans après sa création, l’université fait
partie intégrante de la région et contribue grandement
à son dynamisme notamment sur le plan économique
grâce à son potentiel de recherche, l’un
des plus importants du pays. Avec ses 6520 chercheurs
rien que dans le secteur public, ses écoles
d’ingénieur, les laboratoires privés qui s’appuient
sur cette ressource… la région Midi-Pyrénées est
aujourd’hui en France celle qui consacre la plus
grande part de son PIB à la Recherche (4,2%) et la
8ème au niveau européen.

D’ici 2016, 56 000 m2 de nouveaux bâtiments seront
construits et 108 000 m2 rénovés pour améliorer
les conditions de travail des centaines de
milliers de personnes qui forment l’enseignement
supérieur en Midi-Pyrénées. De quoi donner un
nouvel élan à l’université de Toulouse Midi-Pyrénées
et lui permettre d’écrire une nouvelle page de
son histoire.

3759 logements rénovés ou construits en 10 ans


La Région Midi-Pyrénées finance la réhabilitation et
les constructions de logements étudiants. Depuis 2000,
elle a accompagné la rénovation de 2 010 logements et la
construction de 1 759 nouveaux logements, à Toulouse mais
aussi à Albi, Castres, Figeac…
A cette rentrée, 500 nouveaux logements ont été livrés. Les résidences l’Aérophile et Maryse-
Bastier ont été construites sur des terrains mis à disposition
par la Région (les lycées H. Boucher et R. Bonnet à Toulouse).

 


Sources principales :

  • « Et Toulouse pour apprendre : sept siècles d’histoire de l’université de Toulouse », presses Universitaires du Mirail, 21 euros, 200 pages.
  • « Nouvelle histoire de Toulouse », sous la direction de Michel Taillefer, Privat, 28 euros, 384 pages

Au coeur du plus grand campus d’Europe

Saviez-vous que Midi-Pyrénées fait partie d’un campus
universitaire comptant plus d’un demi million d’étudiants ?
Si étonnant que cela puisse paraître c’est une réalité depuis que
les Régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, et les Communautés
de Catalogne et des Iles Baléares ont créé l’Eurocampus
en 2009 : 1er en Europe et 7e au niveau mondial, ce campus
« géant » est composé d’un réseau de 87 établissements et de
45 000 chercheurs répartis sur les 4 territoires de l’Eurorégion
Pyrénées-Méditerranée.


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