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Immersion au cœur de la Criée du Port de Sète

On a pu assister à une visite des coulisses de la criée du port de Sète, un lieu d’ordinaire réservé aux professionnels de la mer. Depuis les quais où débarque le poisson, jusqu’au retrait par l’acheteur, en passant par la salle des ventes aux enchères, immersion dans un lieu pittoresque.

Une fois à quai, tout va très vite © Laurent Boutonnet
Une fois à quai, tout va très vite © Laurent Boutonnet

Il est à peine plus de 16h lorsqu’on arrive devant la criée du port de Sète. C’est l’heure où, chaque jour, une dizaine de chalutiers vient s’amarrer à quai, chargés de poissons pêchés durant la nuit.

"Milou", de dos, trie le poisson avec dextérité © Marion Bonnefond
"Milou", de dos, trie le poisson avec dextérité © Marion Bonnefond

Pas de répit, pourtant : tout juste arrivés, les pêcheurs doivent préparer leurs produits pour la vente aux enchères à venir. Une petite trentaine de minutes pour finir de trier poissons et crustacés espèce par espèce, les nettoyer et les répartir dans des bacs*. Rompus à cet exercice quotidien, leurs gestes sont rapides et précis. Les bacs s’empilent de poissons ruisselants, tandis que les mouettes rôdent à l’affût de morceaux rejetés à la mer.

Les bacs empilés sont emmenés en chambre froide © Marion Bonnefond
Les bacs empilés sont emmenés en chambre froide © Marion Bonnefond

« On a ramené environ 500 kg », précise Émile dit "milou", un jeune marin de l’embarcation familiale. « Ça représente une trentaine d’espèces différentes ». Certains chalutiers reviennent avec moins, d’autres avec le double.

En tout, ce sont 10 tonnes de produits qui transitent tous les jours à la criée du port de Sète, hors week-end. Depuis le 1er janvier en effet, les pêcheurs de Méditerranée sont limités à 200 jours de pêche par an pour préserver la ressource.

Un chalutier s'en va… © Marion Bonnefond
Un chalutier s’en va… © Marion Bonnefond
… et un autre arrive © Marion Bonnefond
… et un autre arrive © Marion Bonnefond
Entre la chambre froide et la salle des ventes, les lots défilent sur un tapis roulant © Laurent Boutonnet
Entre la chambre froide et la salle des ventes, les lots défilent sur un tapis roulant © Laurent Boutonnet

Immédiatement mis en chambre froide en attendant le début de la vente, les bacs, appelés « lots », défilent ensuite sur un tapis roulant. Derrière son écran d’ordinateur, Yohann, l’un des employés du port, supervise le passage de chaque lot. Il est chargé de les identifier, de les peser et de fixer un prix de départ. Cela va très vite : 700 lots passent à l’heure ! Pour Yohann, rien d’exceptionnel : « c’est normal ! C’est comme ça tous les jours, on a l’habitude », s’interrompt-il entre deux clics.

À la criée, plus de cris
La vente aux enchères descendantes est informatisée depuis 1967 © Laurent Boutonnet
La vente aux enchères descendantes est informatisée depuis 1967 © Laurent Boutonnet

Dans la salle de vente en amphithéâtre, si les acheteurs papotent entre eux, ce sont surtout les bips et les bruits de tapis roulant qui mettent l’ambiance. Une trentaine de mareyeurs, poissonniers et courtiers font leurs emplettes. Depuis leur siège, ils appuient sur leur télécommande pour acquérir un lot parmi ceux qui défilent en contrebas. Le prix fixé en amont par Yohann s’affiche sur un écran. Puis ce prix diminue, conformément à la règle des enchères dites « descendantes ». Le produit est alors attribué au plus offrant.

700 lots défilent à l'heure © Laurent Boutonnet
700 lots défilent à l’heure © Laurent Boutonnet

Révolu, le temps où la vente en gros se faisait à la voix et à main levée. Depuis sa création en 1967, la criée du port de Sète est informatisée. À l’époque, elle est la 1re criée d’Europe à mettre en place ce système.

Elle a servi d’exemple pour d’autres criées, raconte José Linares, le directeur de la criée du port de Sète. À Port de Bouc ou Arcachon par exemple, ils ont fait exactement la même criée que nous.

Ce système moderne permet notamment à des mareyeurs étrangers de suivre la vente en temps réel et de faire leurs achats à distance. «  Grâce à ça, on a réussi à enregistrer des acheteurs espagnols  », relève José Linares.
Le soir-même et le lendemain, les poissons et crustacés sont servis dans les restaurants sétois, vendus sur les marchés ou expédiés à l’étranger.

Un métier de passionnés

Pour les pêcheurs, c’est l’aboutissement de longues heures de travail. «  Si on n’était pas passionné, on ne ferait pas ça ! C’est dur et contraignant, ne serait-ce que parce qu’on fait un travail de plein air. Mais c’est vrai qu’une fois en mer, on est bien…  », confie David, un marin de 33 ans.

Il est 18h. David va retrouver sa famille et profiter de ses enfants. Ce soir, il se couchera à 22h. Cinq heures plus tard, il aura déjà repris la mer, à bord du chalutier de son père.

(*) Vu les importantes quantités pêchées, les marins sont contraints de commencer le tri sur le chalutier lors du trajet retour.

Le reportage en vidéo