La « coopé » est ce bâtiment majestueux qui trône à la périphérie de la plupart de nos villages. Le Service du Patrimoine Régional en a recensé 582 du Rhône aux Pyrénées, produisant une grande variété de vins, du « gros rouge » au mousseux (Blanquette de Limoux) en passant par les A.O.C. et les vins doux naturels (grenache, muscat…) dont le Languedoc-Roussillon est le premier producteur national.
Les caves sont nées au début du XXe siècle, époque de crises viticoles qui culminent avec la révolte de 1907, mais aussi de la création de nombreuses structures de solidarité (syndicats, coopératives, caisses de secours…). Témoins d’une région demeurée fondamentalement rurale mais aussi tournée vers la modernité technique et sociale, leur diversité se manifeste dans leur architecture.
Les caves de Mudaison et des Vignerons Libres de Maraussan (Hérault), réalisées en 1905, ont été les plus anciennes caves coopératives françaises. L’étude réalisée a montré que ces bâtiments fonctionnels, généralement construits entre 1905 et 1965, présentent une riche variété de formes et que la recherche architecturale y côtoie souvent l’innovation technologique. Le type de production : vin rouge, blanc, mousseux, muscat... nécessite des équipements spécifiques. La mécanisation agricole et l’amélioration de la qualité ont été à l’origine de nombreuses transformations comme le remplacement des quais de réception, placés au niveau des charrettes, par des « conquets » (trémies) au sol permettant le déversement direct des « pastières » basculantes.
La diversité des formes s’exprime par l’organisation générale et la façade principale. La cave est une usine avec sa salle des machines autour de laquelle les cuves forment un fer à cheval, souvent sur deux niveaux, ou, au contraire, s’alignent en rangées accolées vers l’arrière ou sur les côtés. Avant 1914, les caves reprennent l’architecture IIIe République des chais privés : arcs en briques et chaînages harpés dès les premières caves de P. Paul. Les bâtiments suivants sont de type industriel, complétés à partir de 1930 par un avant-corps qui abrite la réception et bénéficie d’un traitement architectural soigné : toiture de type différent, encadrement par des pavillons, mur pignon à redans, décor symbolique sculpté (tympan ou médaillon en bas relief, panneau de sgraffite, exceptionnellement statue...).
Les techniques modernes de construction se généralisent vers 1937 avec l’emploi du béton armé pour les murs et la charpente. Les influences régionalistes, liées au développement des appellations de terroir, deviennent importantes : décrochement des volumes, toit à faible pente en tuile creuse ou grand porche de réception puis murs en pierre de pays.
De nos jours, la consommation de vin diminue et de nombreuses caves sont fermées ou détruites. Il était temps de se pencher sur un patrimoine récent toujours fortement inscrit dans l’identité et les paysages du Languedoc-Roussillon.